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La mort dans l'âme, Récit d'un amour paternel
mardi 23 mai 2006, a 23:01
Chap 13 - Pensées profondes et idées en vrac
 

   

 

 

Pendant tous les jours qui ont suivi la mort de Papa, j’ai pensé, ressassé, imaginé. Au fil des jours, mon état d’esprit évolue, je vois les choses différemment. Je suis toujours aussi malheureuse et il me manque de plus en plus, mais je réalise que je ne le verrai plus jamais. C’était une pensée inadmissible auparavant.

J’étais déjà assez ouverte au surnaturel. Je le suis devenue encore plus. Depuis le 29 avril, j’ai toujours une hésitation avant de tuer une mouche, une fourmi. Non seulement parce que je sais maintenant à quel point la mort est douloureuse pour ceux qui restent, mais aussi parce que je me dis que, on ne sait jamais, c’est peut-être lui qui revient, qui me fait un signe. Je sursaute aux bruits sourds, je ne m’étonne plus des objets qui tombent tout seuls. J’attends impatiemment qu’il me fasse un signe. Depuis qu’il est mort, je lui ai répété plusieurs fois de ne pas avoir peur de m’effrayer. J’attends. Je cherche. J’écoute. J’observe. J’attends le frôlement, la vision. J’irai peut-être voir un médium dans quelques temps, quelqu’un que l’on m’aura recommandé. On ne sait jamais.

D’ailleurs, une chose étrange est arrivée. Chez papa, au dessus de la porte de l’appartement, côté couloir commun, j’ai vu pendant une semaine un gros papillon de nuit. Il était toujours au même endroit, immobile. On ne le voyait presque pas, il fallait vraiment le chercher. Moi, je l’avais remarqué car j’observais chaque détail me rappelant  mon père : le bouton de sonnette avec son nom, la poignée qu’il avait touchée. Mais quand un des déménageurs d’un dépôt vente est venu, il l’a vu de suite. Il l’a montré du doigt avec un bruit de faux frisson. La porte est restée ouverte toute la journée, à cause des allées et venues. Le soir, mon papillon n’était plus là. En partant, je me suis dirigée vers le couloir et il est passé devant mes yeux. Il s’est posé au dessus de l’ascenseur que les déménageurs avaient emprunté.

Le lendemain, pas de papillon. Je l’ai cherché. Je l’ai trouvé sur le paillasson de papa. Puis je ne l’ai plus vu les jours suivants. On peut interpréter cette histoire comme on veut. J’aime à penser que c’était un peu lui.

Un cœur en détresse est prêt à croire n’importe quoi. Certaines sectes doivent sûrement profiter de ces moments de faiblesse.

 

Vider l’appartement a été très dur. Chaque détail me rappelait une tranche de vie. Les objets, les écrits, les odeurs, les traces de doigts, un stylo ouvert négligemment posé sur le bureau, ses lunettes bien rangées dans leur étui, son dentier dans un verre, un autre verre qui sèche dans l’égouttoir, des médicaments entamés, une serviette, ses traces de sang sur la moquette, sur les robinets, une casquette imprégnée de son odeur...tout est une torture. J’aimais tant me blottir dans ses bras, me retrouver près de lui, sentir son parfum.

Tout me rappelle la tragédie, me force à replonger dedans. Longtemps après, sur l’interrupteur d’une de ses lampes de chevet que j’avais conservées, j’ai retrouvé du sang séché. C’est bien la preuve que l’hémorragie l’a surpris alors qu’il était déjà couché. Sans commentaire.

J’ai ramené quelques pulls pour Manuel. Je voulais les laver mais j’ai mis beaucoup de temps avant de le faire. Ils étaient au fond du panier à linge et j’allais les renifler régulièrement, me rouler dedans en pleurant. Je pense que j’avais peur d’oublier son odeur. C’est difficile de se souvenir d’une odeur, beaucoup plus que d’une image ou d’une mélodie. D’ailleurs, je pleurais dès que je j’étais dans la salle de bain, et surtout en prenant ma douche, seule. C’est sûrement lié au fait qu’il est mort dans la salle de bain. Je me faisais du mal mais il fallait bien que cela sorte. De même, quand je me suis retrouvée seule chez lui pour la première fois, j’ai regardé des photos, écouté sa voix en boucle sur le répondeur, je lui ai parlé comme s’il avait été là, lui ai posé des questions et j’ai marché dans ses pas, de la chambre à la salle de bains, en suivant scrupuleusement les traces de sang. Je faisais les mêmes pas que ses derniers pas. Je ne pouvais pas m’en empêcher. Je l’ai refait souvent par la suite, comme si ces gouttes noires avaient pu me parler, me raconter sa fin.

Le dernier week-end, nous avons jeté le matelas. Nous l’avions gardé jusqu'à la fin pour que Cécilia ne joue pas par terre. Lorsque nous l’avons retourné pour le prendre, j’ai revu cette énorme tache de sang à l’endroit de sa tête. La sang de mon père. Vision terrible. J’ai posé la main dessus, c’était dur et sec.

Nous l’avons mis dans l’ascenseur. Alors qu’il y a trois ascenseurs et que généralement nous faisions le voyage sans stop, nous nous sommes arrêtés quatre fois ! A chaque fois, l’inconnu se trouvait nez à nez avec un énorme matelas qui barrait le passage, puis du sang, puis ma mine gênée, triste et déconfite. Personne n’a bronché. Ensuite, nous l’avons porté jusque sur le trottoir et abandonné, là, nous n’avions pas vraiment le choix, près d’une mare de pipi de chien, près des ordures des autres. C’était là dessus qu’il avait passé ses dernières heures. J’avais une curieuse impression en l’abandonnant comme ça. Peut-être même envie de vomir.

Si encore il n’était pas mort dans tout ce sang, ce serait moins insupportable...Ici, à la profonde tristesse et au choc s’ajoute l’horreur, le petit plus qui vous achève.

 

Lorsque nous avons amené sa voiture au garage, je conduisais la mienne et  Manuel me suivait dans l’Opel paternelle, afin de pouvoir repartir ensemble. Sans y prendre garde, il avait ce jour là mis une chemise que j’avais offerte  à papa lors de la précédente « fête des pères », et que je tenais à ce qu’il conserve. J’attendais à la sortie de son parking. Le bruit du moteur, la voiture avec ses vitres fumées, un bras à la fenêtre, une silhouette connue portant cette chemise bleue. Un millième de seconde, j’ai vu mon père. Un élan de bonheur suivi d’un flot de larmes...

 

J’ai par nécessité jeté beaucoup de choses, que j’ai regrettées, bien entendu. A la fin, alors qu’il ne restait presque plus rien et que je m’apprêtais à faire quelques descentes dans le local poubelle, je me suis attardée sur des objets sans intérêt, destinés à être jetés. Mais non, je ne pouvais pas jeter ce bouchon d’évier. Il était allé l’acheter, le choisir lui même. Il l’avait tellement touché...Idem pour ce tableau blanc défraîchi. Nous nous étions écrit tellement de mots dessus. Ce chapeau de cow-boy, il l’avait porté. Si si, j’ai même une photo de lui avec. Donc je suis rentrée avec toutes ces bêtises à la maison. Papa n’avait aucun sentiment pour ces objets, j’en suis sûre, mais quand il ne reste presque plus rien, on s’attache à des détails insignifiants. C’est comme ça, c’est plus fort que soi. On a jeté parce qu’il le fallait bien, mais on se raccroche, à la fin, à des détails. Dans le même registre, tous les cadeaux qu’il m’avait fait sont devenus sacrés, je ne les jetterai jamais.

 

J’ai également beaucoup pleurniché toute seule dans l’appartement vide avant de rendre les clés.

Le dernier jour, j’ai chanté très fort, debout dans le salon. Ca résonnait, c’était joli. Cela me permettait de ne pas trop penser. Quand je chante, j’ai toujours les larmes aux yeux. Ainsi, je les avais pour de bonnes raisons.

J’ai dit au revoir à l’appartement, j’ai touché le chambranle de la porte, comme si son âme et mes souvenirs étaient encore là.

Lorsque je passe devant l’immeuble, mon estomac se noue. « Gloups ! », fait la boule dans ma gorge. Là haut, quelqu’un vit dans ses murs, sans savoir.

 

En rangeant ses placards, j’ai aussi été très émue par ses réserves. Il était comme moi, ou plutôt je suis comme lui, il faisait des réserves de tout. Une vraie épicerie : des paquets de pâtes en pagaille, du sucre, des fournitures de bureau, des bouchons, des bouteilles vides, des sacs en plastique, des vis et des boulons...bref, il conservait en double et triple exemplaire tout ce qui pouvait servir.

 

Une étape très dure a également été la vente de ses meubles et objets. J’avais sélectionné des dépôts ventes dans les journaux et annuaires. Sur simple description, la moitié des acquéreurs éventuels n’a même pas daigné se déplacer. Ils cherchaient de l’ancien, du bois, du rustique. Trois sont venus visiter. Le premier est resté cinq minutes. Rien n’a accroché son regard. Le deuxième était parfaitement odieux. Il ne me regardait pas du tout. Il m’a dit que quand je serai désespérée et prise à la gorge je n’aurai qu’à l’appeler, et que l’on verrait à ce moment là. Mais que de toutes façons, tout était moche. Il est parti comme un voleur, sans même dire au-revoir. Le troisième était expérimenté et gentil. Il comprenait mon désarroi. Il savait que les meubles modernes étaient chers à l’achat mais durs à revendre. Il m’a dit que si j’étais « coincée », je pourrais toujours compter sur lui et qu’il me donnerait de quoi rentrer à Marseille avec ma fille (il s’était mis cette idée en tête, j’ignore pourquoi. Je ne lui ai jamais parlé de Marseille). Je ne lui ai finalement rien vendu, mais c’est lui qui a fait le déménagement final vers notre maison: quarante-six cartons, un clic clac et un secrétaire ! Comme quoi, ça ne fait jamais de mal d’être aimable, surtout quand on veut faire des affaires.

Entendre ces affreux regarder l’endroit où j’ai passé mon adolescence avec tout ce dédain me faisait beaucoup souffrir. Vu leur allure et leur tenue, ils ne pouvaient pas se targuer d’avoir du goût, quand même !

Quand le quatrième larron est venu le week-end suivant et qu’il a accepté de tout prendre, à prix correct, j’étais réconciliée avec la race des acheteurs de dépôt vente. En revanche, pendant cette semaine, en prévision, j’avais appelé Emmäus et le Secours Populaire pour tout leur donner. Les premiers fixent un rendez-vous un mois à l’avance pour évaluer la taille du camion. Ils ne prennent que ce qui est en très bon état et tout doit être prêt à emporter. Entre le rendez-vous et l’enlèvement, vous ne devez rien enlever ni vendre, car ils ne se déplacent pas pour rien. Au Secours Catholique, ils ne prennent que les vêtements (à Puteaux en tous cas) mais n’ont pas de local. Il faut donc déposer tout soi-même dans un local de substitution ouvert uniquement le jeudi après midi pendant deux heures. Même les associations caritatives sont difficiles maintenant ! J’étais dégoûtée de voir tout ça. Ce n’était pas que pour l’argent, j’avais aussi envie que les affaires de papa soient entre de bonnes mains. Beaucoup de choses ont été vendues dans l’immeuble, ce qui m’a fait très plaisir.

Quatre mois après la tragédie, je regrette certains objets que j’ai jetés ou vendus. Mais il est malheureusement impossible de faire machine arrière.

Il y a également une chose anodine mais qui me fait souffrir régulièrement : j’ai récupéré chez lui des produits de consommation courante, dont je me sers tous les jours. Bien sûr, cela me fait penser à lui et à tout le reste, et me fait mal. De plus, lorsque je termine un rouleau de papier aluminium, un paquet de sucre, de sel  ou de lessive, c’est encore un peu de lui qui s’en va. Je pourrais tout jeter d’un seul coup, je crois que ce serait pire car ce sont des produits qu’il a choisis, achetés, rangés. C’est un peu comme s’ils contenaient ses propres gestes. Il a posé ses mains dessus. Cela frôle l’idolâtrie... Situation inextricable. Tout ça pour du papier alu, c’est bête non ? Même la marque du magasin sur certains produits me touche. C’était son magasin, je ne sais pas si je pourrai y remettre les pieds un jour...

Ils ont perdu deux clients à la fois !

Papa adorait l’électronique, la vidéo. Derrière son meuble de salon, qui abritait une télé, deux magnétoscopes et un décodeur numérique, c’était un imbroglio de fils indescriptible. Des prises Péritel, TV, radio, électrique, multiples. Tout était collé, noué et attaché. Lui seul pouvait s’y retrouver. Ma mère était effarée de voir ça. Mais c’était en même temps tout lui. J’ai eu bien du mal à défaire son installation. Tristesse encore.

 

Pendant les vacances de Chantal, un mois avant sa mort, il avait écrit un journal, pour elle. J’en ai une copie. Ce bout de papier me fait pleurer dès que je le lis.

En voici quelques petits extraits :

28 mars

« Départ de ma poupette pour le Vietnam. Je la quitte à Roissy à 10h30. Je suis très triste. »

29 mars

« J’ai trop bougé, j’ai vomi. Ca commence bien ! Aujourd’hui la bouche très sèche. Pénible. Soirée. Mal au goitre. Gonflé. »

30 mars

« J’ai trainé au lit jusqu'à 11h15. Pas la pêche. J’ai mal à la gorge et je suis gonflé du cou. Il fait un temps dégueulasse et il pleut. Ai réparé prise du Vaporetto et l’ai passé dans les chambres et le couloir. Mais ça me fatigue. Je ferai le reste demain. Vu l’hôpital. J’ai une rétraction du voile du palais à droite et c’est un peu enflammé. C’est pourquoi j’ai si mal. Ca peut s’opérer au laser...J’ai pas fini ! ! ! »

1er avril

« Il fait froid, il pleut et j’ai toujours aussi mal. Beaucoup craché. Je me sens fatigué. »

2 avril

«Ce matin j’ai brossé le chat, j’ai fait la poussière, j’ai cousu un bouton et repassé pyjama bleu. Je prépare une valise pour l’hôpital.(on ne sait jamais) Pas le moral. Je m’ennuie.

Appel de Chantal cet après midi. Quel bonheur. Merci. J’ai essayé de manger quelques cuillères de crème dessert ! Pas facile et après j’ai eu une nausée qui m’a fait vomir un peu. Très désagréable ! Merde de merde ! »

4 avril

« Après biberon de midi, il y avait du soleil et j’ai pris la voiture pour aller me promener au lac. J’ai fait cent mètres à pied mais je me sentais trop faible pour faire plus. Je me suis un peu endormi sur un banc et c’est la pluie qui m’a réveillé ! Fin de journée. J’ai mal à la tête et me sens fatigué. Pas la pêche. J’ai commencé à regarder un film à la télé et j’ai arrêté. Ca me fatiguait. Je me sens tout mou, sans énergie ni aucun tonus. »

6 avril

« levé dix heures. Il fait beau. Nuit correcte. Ce matin c’est OK. Je me suis pesé : 62 kilos. A midi, Flo vient me voir et mangera à la maison. Je suis content.

 J’ai préparé mon dossier pour le toubib demain. Il va falloir trouver une solution. Je ne peux pas vivre comme ça ! Et puis j’ai mal et ça on ne s’y habitue pas. J’ai écrit à l’assurance. Je n’irais pas me faire enterrer dans le Sud !

Cet après midi j’ai joué à l’ordinateur avec mes bouquins et le CD Rom de Flo. J’ai eu 8/10 à la première leçon avec les félicitations de la gonzesse ! »

7 avril

« Vu le médecin. J’ai effectivement rétraction du voile du palais mais ce qui me fait souffrir c’est une infection à la base de la gorge. Il m’a donné des antibios et aussi des anti mycoses. Je risque encore d’être emmerdé avec ça. A la lecture de l’analyse de sang on voit que j’ai une infection. Trop de globules blancs. C’est ce qui me rend faible et somnolent. Je vais essayer de manger pour rattraper ça. Je vais encore en baver mon bébé. En rentrant, un coup de fil de toi. Je m’y attendais un peu mais ça m’a fait tellement plaisir. Aussi une petite carte au courrier ! C’est dingue une fille comme toi ! Quelle chance j’ai. »

8 avril

« Midi. Je viens de manger un yaourt. Il est arrivé à passer et je suis content. J’ai pris la voiture et suis allé chez Flo à 14h jusqu'à 16h30. J’ai fait la sieste sur une chaise longue du jardin avec elle et Cécilia. Manu bricolait. De toutes façons, il n’y avait que deux chaises longues... »

9 avril

« Réveil 8h. Redormi après biberon jusqu'à 10h. J’ai super bien dormi cette nuit. Par contre ce matin j’avais plein de sang dans mes crachats et j’ai le fond de la gorge en feu. Peut-être le soleil d’hier qui a fait cet effet sur mon infection ? Je n’aime pas. Si ça recommence, je téléphonerai au toubib.

Un peu de soleil. Pas trop envie de bouger mais il faut que je bouge. Alors je vais faire un tour aux puces. Ca m’a fait du bien de voir du mouvement et de marcher. Rien acheté.

Je viens de manger-cracher une crème dessert ! J’ai dû en avaler les trois quarts plus un quart de verre de lait et de thé sucré. Le coq au vin c’est pas encore pour demain ! Ce soir je prends qu’un biberon sur deux. Ca me soulagera l’estomac. Je sens que j’en ai besoin. »

10 avril

« A midi j’ai essayé de manger un yaourt avec un jaune d’œuf. J’ai réussi à en avaler les deux tiers seulement. Trop dur. 

Tu viens de m’appeler. Je suis heureux de t’avoir entendue et heureux que tu ailles bien. Quand tu me téléphone ça me réchauffe le cœur. Le temps est long sans toi. J’en ai marre d’être malade.»

12 avril

« Pas d’appels aujourd’hui, à part Flo. Journée comme une autre. Sans joie. J’ai toujours aussi mal malgré les antibiotiques...ça ne me remonte pas le moral. J’ai même du mal à parler et à bien articuler. Si ça ne va pas mieux la semaine prochaine, je retourne voir le toubib et il faudra qu’il fasse quelque chose. Enfin j’espère ! »

13 avril

« ...En fait c’est le téléphone qui vient de me réveiller. D’abord l’assurance et puis Flo. Elle voulait venir me voir à 22 heures mais je n’ai pas voulu. J’avais très mal mais ça n’aurait rien changé. Personne ne peut rien pour moi.

Aujourd’hui c’est ton dernier jour de vacances. Je suis heureux de te retrouver. Voilà, ça va être la dernière page de mon livre de bord. Il ne devrait plus se passer grand chose aujourd’hui.

Je me suis relevé pour attendre d’avoir sommeil. Je ne peux pas m’endormir et je crache un peu  sanguinolent. Je vais attendre que ça passe. J’ai envie d’arrêter tous ces médicaments. Je pense que c’est trop et que ça finit par m’irriter. »

 

Pendant les deux mois qui ont suivi sa mort, j’ai été incapable de répondre « oui » quand quelqu’un me demandait si ça allait. C’est une question que l’on pose comme ça, sans même écouter la réponse. Qui d’ailleurs est toujours la même « ouais et toi ? ». Moi je répondais NON, ça ne va pas. De ce fait, les gens se sentaient obligés de pousser l’interrogatoire.

Je demande pardon à tous ceux que j’ai mis mal à l’aise.

 

Alors que Chantal et moi n’étions pas extrêmement liées, nous nous sommes rapprochées. Nous nous appelions plusieurs fois par jour pour prendre des nouvelles l’une de l’autre. Aujourd’hui encore, nos appels sont presque quotidiens.

Je me suis également rapprochée de ma mère. D’abord parce que je n’ai plus qu’elle, puis parce qu’elle a été comme il fallait durant ces moments difficiles. Et enfin, c’est peut-être ce que l’on appelle un transfert d’affection. Déjà, à la naissance de Cécilia, nous nous étions rapprochées. C’était drôle. Alors que je l’aurais imaginée plutôt distante, elle s’est révélée être une grand-mère très attentive. Mon père, que j’imaginais gaga, avait été plus discret avec Cécilia. En fait, je crois qu’il était un peu jaloux. Je ne parlais et n’agissais plus que pour elle. Elle m’avait volé à lui. Il m’avait même dit un jour que j’étais esclave de ma fille. Oui, en effet, quand on a un bébé qui mange toutes les trois heures et qui ne sait rien faire, on est esclave. Je n’avais pas aimé cette réflexion. Nous avions sûrement dû nous fâcher un peu ce jour là. 

 

Depuis sa mort, j’ai aussi compris beaucoup de choses. J’ai compris les gens qui laissent en l’état la chambre d’un défunt. C’est dur mais rassurant quand on peut le faire matériellement, de pouvoir aller se réfugier dans l’atmosphère de quelqu’un que l’on a perdu. On a l’impression d’être un peu avec lui. On regarde ses objets, la manière dont il les a disposés, on respire ses odeurs. Malheureusement, ce n’était pas possible dans mon cas. J’ai néanmoins fait une valise de souvenirs, que je peux aller ouvrir à la cave pour le retrouver un peu (des photos, ses casquettes, toutes ses lettres, ses médailles militaires, une cassette avec le son de la voix...).

J’ai compris aussi que dorénavant, j’aurai le courage de téléphoner à mes amis quand ils viennent de perdre un proche. Avant, je me sentais bête, ne sachant pas quoi dire. Alors j’évitais au maximum, de crainte de fondre en larmes avec l’autre au téléphone. Je laissais donc des messages maladroits sur les répondeurs. Aujourd’hui, je n’ai pas trouvé de formule miracle, mais je comprends la peine, je l’éprouve, je la vis. Je la vivrai un peu tous les jours de ma vie. Ca aide à trouver les mots.

Je comprends également mieux la formule employée « je fais ceci car il l’aurait voulu ainsi ». Je me disais que ces gens étaient maintenant libres de faire comme bon leur semblait, et qu’ils auraient eu tort de s’embarrasser avec ces pensées. Mais non, je sais maintenant qu’il est bénéfique d’agir selon les volontés du défunt. On a l’impression de le faire vivre encore. Chantal et moi avons fait une foule de petites choses en pensant qu’il l’aurait voulu. Cela va de la tenue adoptée pour l’enterrement, à la longueur de mes cheveux, au choix de la tombe en passant par des dons  ou attentions à telle ou telle personne...

Il voulait absolument que je travaille chez EDF-GDF.

Peut-être qu’un jour je le ferai, s’ils veulent bien de moi.

Dans un autre registre, il est fou de constater le nombre de fois où l’on parle de la mort dans les conversations courantes : « Je suis morte (de fatigue, de peur, de rire, d’angoisse) », « il est crevé », « tu peux bien faire ça, tu ne vas pas en mourir... », « ça me tue de voir ça », etc... Au début, mon entourage faisait attention à ne pas trop accumuler les expressions douteuses. Puis les habitudes sont revenues. J’ai décidé de ne pas m’en préoccuper.

Enfin, je sais que personne ne pourra jamais m’empêcher d’être proche de ma mère comme je l’étais avec mon père, même si nos appels frisaient parfois le ridicule. C’est la troisième fois que nous nous parlons aujourd’hui ? Et alors ! Je ne veux rien regretter, vivre mes émotions comme elles viennent, ne rien réfréner. Je me moque des remarques. Je sais que la communication m’est vitale.

 

Ce qui est très difficile à vivre, c’est ce réflexe que j’ai encore sans arrêt avec le téléphone. Un événement important ou amusant ? Je vais le dire à Papa.

Non, pas possible.

Le téléphone sonne un peu tard ? C’est sûrement Papa. Et bien non.

Ca ne sera plus jamais lui.

Il est 10h30 ? Je vais appeler Papa pour le réveiller.

Non, il dort pour toujours.

La pensée est fugace, rapide, mais elle est là. Elle me rappelle l’absence. Elle me fait mal.

 

Quand je vais le voir au cimetière, je regarde la tombe et les lettres dorées me font pleurer. Michel COURT. 1929-2000.

C’est cru, brut, affreusement triste. Pour m’occuper, j’arrange un peu les fleurs. J’arrose même s’il vient de pleuvoir.

J’essaye de ne pas imaginer qu’il est en dessous. Il a fait tellement chaud ces jours-ci...

Cela fait deux mois maintenant.

Oui, il vaut mieux ne pas penser qu’il est en dessous.

 

Grâce à une amie dont le père travaille à l’hôpital, j’ai demandé à avoir le contenu du dossier. Je voulais savoir si on m’avait bien dit toute la vérité. Finalement, j’aurais presque aimé entendre qu’il n’avait aucune chance de s’en sortir. Je me serais dit qu’il valait mieux souffrir moins longtemps dans ce cas.

Mais rien de tout cela. Le dossier était clair. Le cancer avait été traité. Pas de mystère. Il aurait pu s’en sortir.

Néanmoins, les dernières données dataient de deux mois. La médecine n’est pas une science exacte. Peut-être les médecins n’avaient-ils pas tout vu ? Il avait remaigri récemment. Ce n’était pas normal. Peut-être la maladie avait-elle repris le dessus ? Et pourquoi vomissait-il si souvent ? Le système digestif n’était-il pas touché ? Y avait-il réellement un espoir de le guérir ? A quel moment rentre-t-on dans l’acharnement thérapeutique ?

Je n’en saurai pas plus.

 

Je me dis aussi qu’il aurait pu avoir un accident de voiture, lié à l’alcool ou à autre chose, un malaise, un manque de réflexe. Il était toujours si sûr de lui, il roulait si vite... Il aurait pu blesser ou tuer quelqu’un. Cela aurait été encore plus terrible.

Combien de fois avais-je été folle d’inquiétude de ne pas le trouver à la maison ? Je laissais dix messages sur le répondeur, j’appelais toutes les cinq minutes jusqu'à une heure du matin, pour l’entendre me dire qu’il était tout simplement descendu à la cave. Oui, je me faisais du soucis pour lui autant que lui pour moi. Je le savais excessif et déraisonnable. Mais sa bonne étoile l’avait préservé jusque là.

 

Bien avant tout cela, sa grand-mère, puis sa mère, ont perdu la tête à la fin de leur vie. Elles sont mortes à quatre vingt quinze ans sans reconnaître leurs enfants et petits enfants. Les signes avant coureurs ont eu lieu un grand nombre d’années auparavant. Depuis que j’ai réalisé ceci, j’avais peur que mon père adoré soit un jour dans le même état. Il avait déjà parfois des troubles de la mémoire qui pouvaient laisser penser que...

Je n’aurais pas supporté de le voir vieillir, finir comme ça, tout rabougri dans une maison de retraite, me disant que sa fille unique ne venait pas le voir. Lui non plus ne voulait pas vieillir. D’ailleurs, il avait choisit PAPOU comme nom de grand-père. Papy ou un autre ne lui aurait certainement pas convenu ! Chantal et moi nous amusions à lui faire croire que Cécilia l’appellerait Pépère, plus tard...Sa mine consternée nous faisait beaucoup rire. J’aurais aimé qu’il la voit grandir.

Finalement je n’ai presque que des bons souvenirs avec lui.

 

Je suis devenue hyper sensible, au cinéma par exemple, sur tout ce qui touche la mort de près ou de loin. J’ai immédiatement les larmes aux yeux. Je me recroqueville sur mon siège en essayant de ne pas y penser. C’est un véritable traumatisme. Et au cinéma, il y en a, des morts !... Un film anodin prend une dimension terrible. Récemment, « mon père ce héros », que j’avais pourtant déjà vu, m’a arraché de vraies grosses larmes. Je nous ai revus, tous les deux, en vacances, lui, débordant d’amour pour moi, me couvant du regard, et moi, ne pensant qu’à mon plaisir personnel. Comme dans le film, nous formions un vrai binôme.

J’ai aussi un grand besoin d’être rassurée, sur moi, sur l’amour des autres, sur mes actes, mes décisions. Mon père faisait tout à la fois. Mon mari n’étant pas démonstratif, certains jours sont plus durs que d’autres. Heureusement, il y a les amis et ma mère. Le jour de mes vingt huit ans, le matin, j’ai demandé à Manuel s’il m’aimait. Je connaissais la réponse mais j’avais besoin de l’entendre. Les femmes sont comme ça... Impossible de lui faire dire. Il déteste que je lui demande et se braque comme une mule. Il ne comprenait pas que j’en avais réellement besoin. Le soir venu, ne voyant toujours rien venir, j’ai réitéré ma demande. Toujours rien. Pas sur commande.

J’ai senti la boule gonfler dans ma gorge. Elle a finalement explosé en une rivière de larmes et d’énormes sanglots. « C’est la première fois ....que.... personne ne.... me dit qu’il ...m’aime le jour de mon.... anniversaire ! ! ! BOUH » ai-je finalement réussi à dire entre deux hoquets.

Ma cicatrice est encore fraîche. Il ne faut pas l’oublier. Je ressentais un tel vide...

 

Aujourd’hui lorsque je repense à tout ça, ce qui me fait le plus réagir, qui me submerge jusqu’au malaise, c’est quand je me souviens de l’annonce de sa mort par Chantal. J’ai lu une expression dans un livre qui résume bien ce sentiment : une véritable nausée de l’âme !

 Je ne voulais pas le croire, le monde s’écroulait autour de moi. Je me souviens lui avoir demandé si elle en était bien sûre. Peut-être était-il dans le coma ? Bien sûr que non, mais j’ai voulu le croire l’espace d’un instant.

Finalement ça aurait été encore pire.

Je pense que vingt sept ans, c’est bien jeune pour perdre son papa. Mais y-a-t-il un bon âge ? Même à soixante ans, on doit s’écrouler. Il n’y a pas d’âge pour aimer. C’est une partie de soi, de sa mémoire, de son enfance qui part. Après tout, moi, j’étais mariée, casée, équilibrée, sortie d’affaire. J’aurais pu avoir dix sept ans. Je me serais retrouvée encore plus seule au monde...je serai partie vivre avec ma mère, à Berlin puis peut-être en Bretagne.

Il avait vécu sa vie, presque entière. Il lui manquait une décennie, deux au maximum. En 2010, alors, peut-être, j’accepterai sa mort. Ce n’est pas comme lorsqu’un enfant ou quelqu’un de très jeune disparaît; dans ce cas on doit ressentir un énorme sentiment d’injustice.

 

Mi-juillet, j’ai rêvé de lui à nouveau, après une longue interruption. Je l’accompagnais pour prendre le métro. Mais il était malade et devait s’allonger sous une couverture grise, même le visage. Il me disait au revoir avec la main et les portes se refermaient sur lui. Je le laissais partir, seul, entouré d’inconnus. En me réveillant, j’ai ressenti un malaise. Pauvre papa, il était malade.

La réalité m’a vite rattrapée. Il était bien pire que ça.

J’ai mis la matinée à m’en remettre.

J’ai également rêvé qu’au bout de trois mois, il revenait, nu comme un ver et me disait qu’il n’avait plus rien, que j’avais tout vendu. Je lui répondais par l’inventaire de ce qu’il restait, très gênée.

Un autre jour, il me parlait. « Tu me vois ? », me disait-il. Non, je ne voyais rien, absolument rien.

Enfin, je l’ai vu à l’hôpital, ressuscité. Il partait et revenait.

En tous cas, dans tous mes rêves, il était bel et bien malade. C’est un fait que j’ai bien intégré, incontestablement.

 

Récemment, j’ai découvert quelque chose qui m’a surprise et amusée : il avait dit à l’un de ses meilleurs amis, avec qui je suis restée en contact, que j’étais sa conscience, son ange gardien. Parfois, il se sentait même gêné de m’avouer ses frasques. Il lui arrivait d’avoir peur de me dire ce qu’il faisait. Qui l’eut cru ?

 

J’ai fait une chose curieuse le mois dernier. J’ai eu envie de rencontrer Elisabeth, sa première épouse. Elle a tout de même vécu quatorze ans avec lui ! ! ! Elle représentait une tranche de sa vie et j’ai ressenti le besoin de parler avec des gens qui aimaient ou avaient aimé mon père. Je n’ai eu aucun mal à la retrouver, elle habitait toujours au même endroit. C’était l’appartement que mon père avait choisi en rentrant du Maroc. Elle a été très surprise de ma démarche et de sa disparition. Elle avait seize ans de plus que lui et étant en pleine forme, elle n’imaginait pas qu’il puisse ne pas l’être également. Elle n’avait eu aucune nouvelle depuis plus de vingt cinq ans.

Nous avons convenu d’une date, et, le jour J, le cœur battant et un gros bouquet à la main, je suis rentrée dans la cour de l’immeuble. J’ai senti ma gorge se serrer. Encore une fois, je marchais dans les pas de mon père. Il était venu là, quarante ans plus tôt, avait aimé, dormi, mangé, rêvé. J’ai retenu mes sanglots. Ne tombons pas dans le mélo ! J’avais une curieuse impression, une sorte de suspense comme si j’allais découvrir quelque chose de très important. Et cette dame avait été si dynamique, si gentille au téléphone, que j’avais l’impression de rencontrer ma grand-mère pour la première fois. Pourtant, rien ne nous liait à part un amour commun.

Nous nous sommes chaleureusement embrassées et avons passé une excellente soirée. La conversation a beaucoup tourné autour de papa mais nous avons également abordé de nombreux autres sujets. Elle ne conservait aucun mauvais sentiment envers lui, aucune amertume visible. Une chouette femme. J’aimerais bien être comme elle à son âge. Je ne peux pas dire qu’il est dommage qu’il ne soit pas resté avec elle, sinon je ne serais pas là pour raconter, mais je pense qu’il aurait pu garder contact.

Nous aussi avons promis de nous revoir.

 

Quand je le sermonnais sur sa consommation d’alcool, il répondait toujours : « il faut bien mourir de quelque chose ».

C’est chose faite.

C’était son petit plaisir. Il buvait souvent, régulièrement, une petite gorgée par ci, une autre par là. Il ouvrait discrètement, croyait-il, la porte de son mini bar, situé juste en dessous du magnétoscope, et portait le goulot de la bouteille de Whisky à sa bouche, comme on peut prendre un carré de chocolat en passant devant le réfrigérateur. Il aimait la saveur, l’odeur, la sensation que cette gorgée lui procurait en descendant lentement dans l’estomac. Lorsque, habitant encore avec lui, je m’en rendais compte, j’arrivais en courant pour le surprendre. Il faisait alors semblant de s’occuper du magnétoscope. Je le regardais droit dans les yeux, le forçant à ouvrir la bouche pour sentir son haleine. Il obtempérait, mais au lieu de souffler, il aspirait l’air avec un regard malicieux et le sourire aux lèvres. Je sentais quand même, bien entendu, alors je lui disais ce que j’en pensais. Il riait... une gorgée ce n’est pas grave. C’est vrai, et il n’était jamais saoul, jamais violent, c’est toujours ça...

Pourtant, jour après jour, le crabe a préparé son nid sur ce terrain fertile.

Je hais l’alcool et la cigarette. Je sais que son cancer y était étroitement lié. Je n’étais déjà pas consommatrice, mais quand je vois tous ces gens qui passent leur journée la clope au bec ou dans les bistrots, j’ai pitié. Ensuite, je me dis : « c’est ça, crevez tous, bande de cons, on vous l’a assez répété que c’était du poison. Souffrez comme il a souffert et des milliers d’autres avant lui. Vous verrez... »

 

Après toutes ces pensées sinistres, seule une me rassure. C’est que nous n’avions rien de spécial ou de caché à nous dire. Nous nous parlions tellement qu’il n’y avait ni secret ni rancoeur.

Si aujourd’hui, j’avais la possibilité de lui parler pendant une heure, comme dans mon rêve, à part lui raconter des événements liés à sa mort, je crois que je n’aurais que des questions ridicules. Après les « je t’aime » réglementaires, je lui demanderais les choses suivantes :

- où as-tu caché les bouchons des robinets d’arrivée d’eau, nécessaires à l’état des lieux ?

- Pourquoi as-tu raconté que tu étais allé en Indochine ? et même à moi ? Pourquoi n’étais-je pas dans la confidence ?

- A qui dois-je m’adresser pour vendre telle ou telle chose ?

- Pourquoi achetais-tu d’énormes paquets de lessive et d’adoucissant de dix kilos alors que les compacts sont si pratiques ? 

- Pourquoi ta batterie auto était-elle plus petite que celle qui était préconisée dans la notice ? ta mentalité du toujours plus m’aurait laissé penser le contraire.

- Depuis quand exactement avais-tu mal à la gorge ? Six mois, un an ? Cela n’était-il pas plus ancien que ce que tu avais bien voulu nous dire ?

- D’où viennent les morceaux de bois de la cave et les gravures anciennes ? Valent-elles quelque chose où puis-je les laisser partir avec le reste ? (de toutes façons c’est fait !)

- Pourquoi n’étais-tu jamais allé aux USA, toi qui aimais tant les westerns et les Américains ? Tu ne savais pas parler anglais. C’était ta raison officielle. Pourtant tu étais allé en Chine...

- Pourquoi avais-tu tout fixé sur tes murs avec des kilos de colle ultra forte plutôt que d’utiliser de simples clous ? J’ai arraché la moitié de l’enduit en les enlevant. C’est malin !

- Où est le troisième magnétoscope dont tu parles dans ton « book » ? Nous ne l’avons pas trouvé sauf la télécommande. L’avais-tu prêté ? Mis en réparation ? Où ? Comment dois-je brancher le mien ?

.....

Voilà. Cela peut laisser rêveur des gens qui ne se sont pas tout dit.

Au moins, moi, j’ai la conscience tranquille.

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Présentation
Ce livre est un livre triste.


Ce sera sans doute et je l’espère le seul que j’écrirai.
Il est difficile de parler du bonheur. Demandez moi d’écrire trois pages sur ma fille, j’en serais à peine capable. Et pourtant, c’est la chair de ma chair, mon petit bout d’amour concentré, qui occupe beaucoup de mes pensées. Mais que dire ? Elle est jolie, gentille, douce, mignonne... On fait vite le tour. ça ressemble à une chanson de Zazie : "je n'écris rien sur toi, rassure toi...."
En revanche, quand il s’agit de peine, de tristesse ou de douleur, les mots me viennent naturellement et abondamment.

Ce livre n’a pas de but intellectuel. Cela me fait simplement du bien de l’écrire, de tout mettre à plat et de coucher sur le papier mes pensées les plus profondes et, en ce moment, les plus tristes. Je veux écrire tout ce que je pense, tout ce qui est lié à lui. C’est une tranche de vie. Mon esprit est alors libéré, à la manière d’une sauvegarde d’ordinateur. Ce qui est sur disquette n’encombre plus la mémoire vive. Je peux enfin penser un peu à autre chose qu’à sa mort, puisqu’elle est quelque part, ailleurs.
Si, en plus de cela, il peut faire du bien à quelqu’un qui se retrouvera dans mes idées, ou qui puisera une force ou encore se reconnaîtra dans mon expérience, tant mieux.
Sinon, il restera égocentrique et personnel.
Depuis seize ans, j’écris tous les jours les faits marquants de la journée dans un petit calepin, afin de pouvoir si nécessaire me souvenir de l’endroit où j’ai passé mes vacances telle ou telle année, quels films j’ai vus etc... C’est mon côté cartésien .
Le jour de la mort de mon père (en réalité quelques jours après...), je me suis retrouvée devant ces trois centimètres carrés de papier, sous un gros vingt-neuf avril noir, froid et impersonnel.
Non, ce n’était pas possible, je ne pouvais pas résumer ce qui était alors le plus grand drame de ma courte vie sur cet espace ! C’est alors que j’ai commencé à écrire. Il fallait que ça sorte, d’une manière ou d’une autre. Je le sentais au plus profond de moi. J’ai écrit vingt pages d’un seul coup, jusqu'à deux heures du matin.
Pendant un an, ce livre a été mon confident, ma soupape de sécurité et ma mémoire.

Certains passages peuvent peut-être choquer, j’en suis désolée.

C’est mon histoire et celle de mon père, Michel.


Septembre 2000

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commentaire(s)
PROLOGUE Flo pour Elodie (29/05/2009 09:46)

Merci pour ces mots ...

PROLOGUE elodie (28/05/2009 10:53)

Je suis tombée sur c...

Chap 16 - La fin prevost (05/05/2009 12:12)

bonjour cela vas fai...

Chap 16 - La fin souaf (07/10/2008 05:30)

beau, pur, sybillin,...

PROLOGUE Flo pour Anne onyme (23/09/2008 14:06)

Ouh la mais je ne sa...

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