| mardi 23 mai 2006, a 22:58 |
| Chap 15 - 5 mois puis 1 an après |
Cinq mois après cet événement tragique, j’ai pu faire un petit bilan :
J’arrive enfin à rire, à me concentrer sur d’autres problèmes, mais je ressens au fond de moi une blessure profonde et immense. Je sais qu’elle ne se refermera jamais totalement.
J’ai une boule dans la gorge, moi aussi. Néanmoins, elle m’aide à relativiser, à comprendre ce qui est réellement important dans la vie : la vie, justement.
Malheureusement, cinq mois après, les gens croient que je suis « guérie », que je vais mieux. Certes, j’ai réglé les problèmes pratiques, mais la peine est omniprésente. Ceux qui n’ont pas vécu ce que j’ai vécu ont tendance à l’oublier.
Il me manque terriblement, de ma vie, je ne suis encore jamais restée si longtemps sans le voir. Et ce n’est que le début.
Où s’arrête l’habitude ? Où commence le manque ?
Certaines épreuves sont passées, des étapes sont franchies, d’autres restent à venir. Je redoute la fête des pères, la saint Michel, son anniversaire, le 29 avril en général. Tous les ans il faudra repasser par là, en espérant que chaque année sera moins dure que la précédente.
Je n’ai toujours pas effacé les messages écrits sur mon téléphone portable, et je ne le ferai probablement jamais tant que je l’utiliserai. J’ai mis une photo de ses dernières vacances en pleine forme dans mon agenda. Je la regarde souvent, même si je ressens un coup de poignard dans le cœur à chaque fois. Mais je la regarde parce que je ne veux pas que mon père devienne un sujet tabou. Oui, on peut m’en parler, oui, je peux en parler, je ne veux pas me forcer à l’oublier, et je dois faire mon deuil au grand jour. Je n’ai nullement envie de m’écrouler dans dix ou vingt ans parce que je n’ai pas laissé mes sentiments s’exprimer aujourd’hui.
Oui je pleure, et pas forcément au moment que l’on imagine. Aujourd’hui, alors que je n’avais pas versé une larme depuis une semaine au moins, j’ai pleuré sur mon vélo, sur le chemin qui me menait de la gare à mon domicile. Pourquoi ? Je l’ignore. Une pensée a traversé mon esprit, sans doute. L’idée que je ne le verrai plus jamais, qu’il a souffert, que je ne l’ai pas vu dans ses dernières heures, ou un mélange des trois ?
Lorsque je me rends sur sa tombe, je lui parle, je lui raconte ma vie. De toutes manières, il n’y a rien de très nouveau à lui annoncer, même travail, même maison, mêmes amis, même mari... et il est difficile de parler à sens unique. Je n’imagine pas qu’il me répond, je ne suis pas folle, alors au bout d’un moment je me répète et j’arrête de parler. C’est à ce moment que les larmes montent et dégoulinent en silence sur mes joues.
Si je suis accompagnée, rien de tout cela. Je me contente d’arroser les fleurs...
Je n’irai pas trop souvent. Cela me fait trop mal de voir les lettres dorées de son nom, et d’imaginer le reste.
Néanmoins, je vois le côté un peu moins noir de la situation :
Je ne suis pas seule au monde, je me sens soutenue. Ma fille me donne envie d’être gaie, et elle a besoin de mon sourire.
Mon entourage a bien connu mon père, je peux évoquer des souvenirs communs. Je suis heureuse que mon mari et lui se soient mutuellement apprécies. Aujourd’hui, j’aurais du mal à vivre avec quelqu’un qui ne sait pas de qui je parle.
Finalement, il n’y a que Chantal et moi qui sommes réellement malheureuses pour longtemps. Je n’ai pas à consoler ma mère ni mes enfants. Et j’ai confiance en nous, je sais que nous allons surmonter la douleur, et réapprendre à vivre sans lui. C’est ce qu’il aurait souhaité, bien sûr.
Aujourd’hui nous sommes le 29 avril 2001. C’est le point final de cet ouvrage. Un an ! C’est passé vite, et en même temps si lentement. Combien de larmes ai-je versées durant ces jours et ces nuits ? J’ai peut-être pensé plus à lui que de son vivant.
Un an, ce n’est pas pire que huit mois ou dix ou onze. Mais c’est l’idée que l’on s’en fait. On se dit que l’année dernière, au même moment...
La deuxième partie de l’année a été riche en événements : j’attends un deuxième enfant pour le mois d’octobre (il aurait dit que c’était de la folie), nous allons déménager (il aurait été content mais toujours critique) et j’ai décidé de m’arrêter de travailler deux ou trois ans (il aurait dit que je ne retrouverai pas de travail après, mais aurait été satisfait de me voir souffler un peu). Tout cela nous occupe beaucoup, et heureusement.
J’ai reçu quelques témoignages d’amitié de ses amis pour cette triste date. Ils m’ont beaucoup touchée.
J’ai d’ailleurs été agréablement surprise par la profonde amitié de certains que je croyais lointains, et extrêmement déçue par l’attitude de certains autres qu’il prenait pour de vrais amis. Mais on ne peut pas toujours savoir ça avant...
Je suis allée planter quelques brins de muguet sur sa tombe, du muguet qu’il m’avait offert quelques années auparavant et que j’avais planté dans mon jardin. Désormais, le muguet, c’est entre lui et moi. Je ne veux plus en voir, plus en offrir, plus en recevoir de personne. Ces clochettes blanches et pures me rappellent trop cette funeste semaine. Je préviendrai mon entourage lorsque je serai apte à le supporter !
Je n’ai toujours pas effacé ses télémessages de mon portable, mais comme Chantal a repris sa ligne, c’est son nom qui apparaît. Drôle d’impression, mais c’est mieux ainsi.
Lorsque je pense à lui, je le vois vif, fringuant, en bonne santé. Ce n’est qu’après que je réalise qu’il souffrait autant, et que je considère sa mort comme une libération pour lui.
J’ai lu récemment dans un magazine féminin un interview de Charlotte Gainsbourg. J’avoue que je n’aimais pas particulièrement cette fille. Mais j’ai été si surprise de lire ses propos ! Elle aussi avait une relation d’exception, de fusion avec son père, si forte que beaucoup la considéraient comme malsaine. Elle l’a perdu jeune. Lui aussi brûlait la vie par les deux bouts, profitait de chaque moment présent et se moquait de l’avenir. On l’aimait ou on le détestait, comme papa. Je me suis sentie très proche de Charlotte. Elle aussi a vécu cet amour immense, ce lien père/fille indestructible, même lorsque chacun suit un chemin de vie différent.
C’est rassurant et agréable de ne pas se savoir seul à ressentir des émotions si fortes. |
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| Présentation |  Ce livre est un livre triste.
Ce sera sans doute et je l’espère le seul que j’écrirai.
Il est difficile de parler du bonheur. Demandez moi d’écrire trois pages sur ma fille, j’en serais à peine capable. Et pourtant, c’est la chair de ma chair, mon petit bout d’amour concentré, qui occupe beaucoup de mes pensées. Mais que dire ? Elle est jolie, gentille, douce, mignonne... On fait vite le tour. ça ressemble à une chanson de Zazie : "je n'écris rien sur toi, rassure toi...."
En revanche, quand il s’agit de peine, de tristesse ou de douleur, les mots me viennent naturellement et abondamment.
Ce livre n’a pas de but intellectuel. Cela me fait simplement du bien de l’écrire, de tout mettre à plat et de coucher sur le papier mes pensées les plus profondes et, en ce moment, les plus tristes. Je veux écrire tout ce que je pense, tout ce qui est lié à lui. C’est une tranche de vie. Mon esprit est alors libéré, à la manière d’une sauvegarde d’ordinateur. Ce qui est sur disquette n’encombre plus la mémoire vive. Je peux enfin penser un peu à autre chose qu’à sa mort, puisqu’elle est quelque part, ailleurs.
Si, en plus de cela, il peut faire du bien à quelqu’un qui se retrouvera dans mes idées, ou qui puisera une force ou encore se reconnaîtra dans mon expérience, tant mieux.
Sinon, il restera égocentrique et personnel.
Depuis seize ans, j’écris tous les jours les faits marquants de la journée dans un petit calepin, afin de pouvoir si nécessaire me souvenir de l’endroit où j’ai passé mes vacances telle ou telle année, quels films j’ai vus etc... C’est mon côté cartésien .
Le jour de la mort de mon père (en réalité quelques jours après...), je me suis retrouvée devant ces trois centimètres carrés de papier, sous un gros vingt-neuf avril noir, froid et impersonnel.
Non, ce n’était pas possible, je ne pouvais pas résumer ce qui était alors le plus grand drame de ma courte vie sur cet espace ! C’est alors que j’ai commencé à écrire. Il fallait que ça sorte, d’une manière ou d’une autre. Je le sentais au plus profond de moi. J’ai écrit vingt pages d’un seul coup, jusqu'à deux heures du matin.
Pendant un an, ce livre a été mon confident, ma soupape de sécurité et ma mémoire.
Certains passages peuvent peut-être choquer, j’en suis désolée.
C’est mon histoire et celle de mon père, Michel.
Septembre 2000 Envoyer un mail à l'auteur | |
| commentaire(s) | PROLOGUE Flo pour Elodie (29/05/2009 09:46)Merci pour ces mots ... PROLOGUE elodie (28/05/2009 10:53)Je suis tombée sur c... PROLOGUE Flo pour Anne onyme (23/09/2008 14:06)Ouh la mais je ne sa... |
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