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La mort dans l'âme, Récit d'un amour paternel
mardi 23 mai 2006, a 23:11
Chap 6 - Ses qualités
 

  Heureusement pour lui et pour nous, il était aussi bourré de qualités. Sinon, il aurait été totalement infréquentable.

 

Il était drôle. Son côté moqueur était très attachant. Pas un humour très fin à l’anglaise, plutôt à l’américaine tarte à la crème. Il riait d’un rire gras et communicatif.

 

Il avait un don artistique certain : dessin, peinture, bois. Je suis sûre que s’il avait voulu s’investir dans ce domaine, il aurait pu devenir quelqu’un. Il avait l’idée et la technique.

 

Il était charmeur. Malgré son âge et ses défauts, ses conquêtes avaient toujours entre vingt et quarante ans et un physique agréable. Il aimait les femmes, les flattait et elles le sentaient. Il savait leur parler. Il avait de l’allure quand il voulait en avoir. Il était grand, très mince, très brun jusqu'à cinquante ans, puis grisonnant avant de devenir blanc. Il s’est longtemps teint les cheveux, toujours la peur de vieillir...Mais les teintures étaient mal faites, car bien entendu, il ne respectait pas les modes d’emploi. Il laissait poser moins longtemps qu’il n’était préconisé, ne mettait pas le fixateur... Alors, il se retrouvait parfois avec de drôles de résultats, des couleurs qui viraient au bleu ou au vert au soleil, sans parler du chlore des piscines, en été, qui avait un effet carrément catastrophique ! Un jour, il a abandonné et a décidé d’assumer ses cheveux blancs. Il n’en n’avait pas moins de charme. Il ne faisait pas du tout son âge. J’ai également appris qu’il l’avait gardé secret vis à vis de beaucoup de gens, qui en ont pris connaissance avec le faire-part. Il s’habillait jeune, casquette, jean et blouson. Jamais ridicule. Sa voix était grave, forte, reconnaissable entre mille, avec un fort accent du Sud-Ouest. Il avait de jolies mains, de longs pieds fins et des jambes musclées alors qu’il ne faisait que de la voiture... Il sentait bon. Sa démarche était assurée et rapide, ponctuée de grandes enjambées viriles. Un grand nez, dont j’ai un peu hérité, malheureusement, et des yeux marrons que j’ai décidé de garder au plus profond de mes chromosomes. Rien de très spécial, finalement, mais il avait un physique dont on se souvenait. Un mélange de Giscard d’Estaing, de Gainsbourg, de Belmondo et de Roger Vadim.

 

Il était attentionné comme personne. Pas un anniversaire ou une fête qui ne soit accompagné de son cadeau et d’une lettre. Pas une visite sans un petit cadeau, même pour le chat qui avait droit à son bout de viande. Il venait avec son petit sac plastique et déballait devant moi, solennellement. Il pouvait s’agir de choses insignifiantes, des vieux journaux télé au cas où je veuille découper quelque chose, du courrier publicitaire adressé à mon nom chez lui, un article de journal, ou un petit gâteau, son arrivée prenait un air de fête. Au bureau, il m’apportait presque tous les jours un pain aux raisins et un au chocolat. Heureusement que je n’ai pas tendance à grossir... Il avait trouvé un jour, dans les Yvelines et par hasard, une boulangerie où les pains aux raisins étaient les meilleurs de la terre (avis tout à fait personnel). Je lui avais fait part sans arrière pensée de cette appréciation.  Et bien toutes les semaines, il faisait le trajet pour aller me les acheter là bas !

Il était toujours prêt à nous rendre service, à Chantal et à moi. Un problème de voiture ? il était là. Un problème de maison ? Il arrivait.

J’avais récemment demandé à mon mari de m’acheter une petite radio au Japon. Il l’a fait, mais elle n’a jamais daigné fonctionner. Mon père en était chagriné. Sans autre motif que de me faire plaisir, malade et faible, il est allé m’en acheter une. C’était son dernier cadeau. Inutile de préciser la valeur qu’elle a pour moi...

 

Il était bricoleur et malin, très pointu en électricité, électronique, vidéo...etc. Il avait tous les outils qu’il fallait et l’ingéniosité en plus. Rien ne lui résistait très longtemps. L’objet était collé, soudé, scotché, coupé, attaché, démonté,  ou remonté, mais en tous cas réparé pour de bon.

 

Il était vraiment solide. J’ai appris que vers vingt ans, au Maroc, il avait marché longtemps dans le désert pour chasser. Par chance, il a croisé un oued et a bu à grandes lampées l’eau fraîche des montagnes. Quelques mètres plus loin, en remontant le lit de la rivière afin de trouver un endroit où traverser, il a soudain aperçu une drôle de forme. Tout bien examiné, c’était un âne en décomposition qui obstruait à moitié le cours d’eau. Sans commentaire. Il n’a même pas été un peu malade.

Beaucoup plus tard, un jour d’été à la campagne, il avait taillé des arbres et des ronces. Il était coupé de toutes parts, surtout aux pieds car il était en maillot et simples tongs. Quelques jours après, il s’était plaint de douleurs entre deux orteils. Nous n’avons pas réussi à le décider à aller chez un pédicure. Il a voulu voir tout seul ce qu’il avait et a commencé à se « charcuter » le pied. Quelle ne fût pas sa surprise de découvrir, entre ses deux doigts de pieds, une petite pousse d’arbre ! La feuille principale, vert tendre, était roulée et avait eu des difficultés à percer la peau, d’où les douleurs. Une graine avait dû pénétrer dans sa chair par une écorchure. Personne n’a jamais vu une chose pareille. Je ne sais pas s’il avait la main verte, mais il a failli avoir le pied !

 

Il savait beaucoup de choses, et donnait l’impression de savoir même quand ce n’était pas le cas. Quand j’avais une interrogation, je n’avais qu’à demander à papa. Il saurait forcément. Plus jeune, j’avais un tableau blanc effaçable derrière ma porte de chambre. Une question un peu technique ? Nous allions au tableau et il m’expliquait comment ça marchait. Tout devenait beaucoup plus clair. A mon tour je pouvais l’expliquer et passer pour une pro de la technique. Les cages de Faraday et les dessins en perspective n’avaient plus de secret pour moi. A un collègue ingénieur qui m’a dit il y a quelques années « éteins la lumière à la cave », j’avais répondu que le néon s’usait plus en s’allumant et s’éteignant plusieurs fois qu’en restant allumé. Il avait été soufflé qu’une fille jeune et frivole sache cela.

Mon mari aussi sait beaucoup de choses. Mais pas les mêmes. Ils étaient complémentaires et se respectaient dans leurs propres domaines.

 

Il était curieux et communicatif. Il s’intéressait à plein de choses. Je pouvais lui parler de tout et de rien, de mes histoires de cœur, de mon travail. Il m’écoutait avec attention. D’ailleurs, je lui disais tout. Je ne lui ai jamais rien caché, sauf ma première et seule cigarette. Je n’avais de toutes façons pas envie de continuer, ça l’aurait inquiété pour rien. De ce fait, il avait confiance en moi puisqu’il savait tout de mes agissements. Quand j’avais la permission de sortir à Paris le samedi soir avec des copines, il me disait trois heures. J’essayais de négocier, mais si je n’avais pas le dessus, à trois heures pile, j’étais là.

Lui aussi me racontait tout ou presque. J’étais habituée donc jamais choquée, mais en y réfléchissant bien, ce n’était pas des confidences à faire à sa fille...

 

Il était sécurisant et protecteur. Je savais qu’avec lui je ne risquais rien. Il aurait tué cent fois pour me défendre ou me venger.

 

Il était généreux. Le plus gros morceau de viande était toujours pour moi. La meilleure place aussi.

 

Il était intelligent, vif d’esprit et sans doute opportuniste. Son éducation n’a pas été pour grand chose dans ce qu’il est devenu, ingénieur commercial autodidacte. Il s’est fait tout seul.

 

Il était ordonné, clair, précis. Il faisait des listes, des modes d’emploi, des casiers dans ses tiroirs pour ranger ses chaussettes par couleur et des tableaux ou graphiques de toutes sortes. J’ai le même penchant, je sais maintenant d’où cela vient...

A sa mort, j’ai trouvé un registre dans lequel il avait tout répertorié. Qui prévenir, quoi résilier, comment, où chercher quoi...

Il me l’avait montré avant mais je ne voulais pas y prêter attention plus que ça.

- « Allez, lisons le ensemble, ma nounouche, ça fait pas mourir ! »

Bien entendu, je ne peux pas regarder ce document sans pleurer.

 

Il m’adorait.

 

Sa qualité principale, c’était bien sûr d’être là, d’exister.

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Présentation
Ce livre est un livre triste.


Ce sera sans doute et je l’espère le seul que j’écrirai.
Il est difficile de parler du bonheur. Demandez moi d’écrire trois pages sur ma fille, j’en serais à peine capable. Et pourtant, c’est la chair de ma chair, mon petit bout d’amour concentré, qui occupe beaucoup de mes pensées. Mais que dire ? Elle est jolie, gentille, douce, mignonne... On fait vite le tour. ça ressemble à une chanson de Zazie : "je n'écris rien sur toi, rassure toi...."
En revanche, quand il s’agit de peine, de tristesse ou de douleur, les mots me viennent naturellement et abondamment.

Ce livre n’a pas de but intellectuel. Cela me fait simplement du bien de l’écrire, de tout mettre à plat et de coucher sur le papier mes pensées les plus profondes et, en ce moment, les plus tristes. Je veux écrire tout ce que je pense, tout ce qui est lié à lui. C’est une tranche de vie. Mon esprit est alors libéré, à la manière d’une sauvegarde d’ordinateur. Ce qui est sur disquette n’encombre plus la mémoire vive. Je peux enfin penser un peu à autre chose qu’à sa mort, puisqu’elle est quelque part, ailleurs.
Si, en plus de cela, il peut faire du bien à quelqu’un qui se retrouvera dans mes idées, ou qui puisera une force ou encore se reconnaîtra dans mon expérience, tant mieux.
Sinon, il restera égocentrique et personnel.
Depuis seize ans, j’écris tous les jours les faits marquants de la journée dans un petit calepin, afin de pouvoir si nécessaire me souvenir de l’endroit où j’ai passé mes vacances telle ou telle année, quels films j’ai vus etc... C’est mon côté cartésien .
Le jour de la mort de mon père (en réalité quelques jours après...), je me suis retrouvée devant ces trois centimètres carrés de papier, sous un gros vingt-neuf avril noir, froid et impersonnel.
Non, ce n’était pas possible, je ne pouvais pas résumer ce qui était alors le plus grand drame de ma courte vie sur cet espace ! C’est alors que j’ai commencé à écrire. Il fallait que ça sorte, d’une manière ou d’une autre. Je le sentais au plus profond de moi. J’ai écrit vingt pages d’un seul coup, jusqu'à deux heures du matin.
Pendant un an, ce livre a été mon confident, ma soupape de sécurité et ma mémoire.

Certains passages peuvent peut-être choquer, j’en suis désolée.

C’est mon histoire et celle de mon père, Michel.


Septembre 2000

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commentaire(s)
PROLOGUE Flo pour Elodie (29/05/2009 09:46)

Merci pour ces mots ...

PROLOGUE elodie (28/05/2009 10:53)

Je suis tombée sur c...

Chap 16 - La fin prevost (05/05/2009 12:12)

bonjour cela vas fai...

Chap 16 - La fin souaf (07/10/2008 05:30)

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PROLOGUE Flo pour Anne onyme (23/09/2008 14:06)

Ouh la mais je ne sa...

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