| mardi 23 mai 2006, a 23:12 |
| Chap 4 - Mon chat |
Depuis toute petite, et comme tous les enfants, j’aimais les animaux. Il n’a jamais été question d’avoir un chien. Trop compliqué. J’aurais adoré un chat mais ma mère ne les supportait pas. Elle devenait hystérique si la queue de l’un d’eux la frôlait. Je l’ai même vue renverser une table dans un restaurant en plein air, croyant qu’un minet l’avait effleurée. En réalité, c’était moi. Je le lui ai dit (toujours mon sens de la franchise...) et j’ai pris une claque devant tout le monde. Donc, inutile de penser au chat tant que ma mère vivrait sous le même toit... Aujourd’hui, elle en a un noir qui s’appelle Tysha. C’est plutôt lui qui l’a apprivoisée. Allez comprendre les femmes...
Pour combler mon besoin infantile de materner, j’ai eu des artémia salina. Ce sont des minuscules œufs fossilisés offerts à l’époque par PIF Gadget qui revenaient à la vie quand on les mettait dans l’eau. Ce n’était pas très rigolo car microscopique. Après leur mort, qui a eu lieu rapidement puisque la taille de ces individus rendait impossible le remplacement de l’eau, très vite, nous avons racheté un poisson rouge pour rentabiliser l’aquarium, puis deux. Pas très facile à câliner, le poisson...
J’ai eu des tortues aquatiques. Elles étaient six. Mon excessif de père leur jetait un steak haché entier dans l’aquarium (grand aquarium acheté pour la circonstance car le bac en plastique, celui avec l’escalier à tortues et le petit palmier vert fluo était vite devenu trop étroit). Elles ont rapidement fait chacune la taille d’une main. Ma chambre sentait l’eau croupie mais j’avais mes créatures. Quand le week-end, nous changions l’eau, elles s’ébattaient joyeusement pendant un quart d’heure dans la baignoire. C’était assez drôle. J’ai aussi eu un triton, joli lézard d’eau. Il a été mangé en quelques jours. Il a eu beau se carapater sous le bulleur de l’aquarium commun, les carnassières ont fini par le débusquer. Parfois, le samedi, papa et moi leur achetions des néons, ces petits poissons bon marché qui nagent très vite et sont légèrement fluorescents. Les tortues passaient leur journée à leur nager derrière, se préparant à un bon festin. Le dimanche soir, il n’y en avait plus un seul. C’était cruel, certes, mais mieux que la télévision. Et les enfants sont souvent cruels, surtout quand ils sont deux ! Après tout, nous ne faisions que respecter la chaîne alimentaire de l’écosystème.
Mais elles étaient devenues vraiment trop grosses, alors nous les avons revendues au marchand.
Puis il y a eu le divorce.
Pas d’animaux pendant ces temps troublés.
Une fois que nous fûmes installés, j’ai eu un oiseau, un joli canari jaune qui est mort très vite et qui a été remplacé aussitôt. Je n’avais toujours pas de chat, mais je grimpais petit à petit dans l’échelle de l’évolution. Je ne perdais pas espoir.
Un jour, non loin de mes dix huit printemps, lui et moi nous promenions main dans la main sur les quais de la Seine. Soit dit en passant, je n’aimais pas qu’il me tienne en public. Certaines personnes nous regardaient comme si j’étais sa « poule » et ça me gênait. Je faisais beaucoup plus que mon âge. Lui était plutôt fier.
Les marchands d’animaux étaient nombreux et nous rentrions dans les boutiques, juste pour voir. C’est là que nous avons vu un adorable félin, tout gris avec des yeux jaunes et un pelage soyeux. « Papa, regarde ce chat comme il est beau. S’il te plaît, j’en veux un. Je te promets que je m’en occuperai. »
Il n’a pas pu s’empêcher de le trouver superbe. Comme il était hors de prix, il m’a dit qu’il était d’accord pour un chat. Mais uniquement le même que celui ci, et je devrais le payer toute seule. Cela correspondait à un mois d’un bon salaire. Evidemment, je ne pouvais pas. Il était malin mais les chiens ne font pas des chats, donc moi aussi j’étais maligne et je n’avais pas dit mon dernier mot. J’ai réussi à trouver un élevage de Chartreux, vendant les mêmes en moins cher. Et j’ai eu mon chat ! Dix huit ans d’attente mais FOSTER était celui qu’il me fallait. Bien sûr, mon père aurait pu dire non au dernier moment mais je le soupçonnais d’être lui aussi tombé amoureux de ce matou et d’avoir trouvé une simple parade pour ne pas perdre la face.
J’ai passé des nuits formidables, le nez dans la fourrure de mon ronronneur et la main sur son dos. J’ai toujours eu besoin de toucher les choses. J’avais enfin exaucé mon désir de câlins.
J’ai rencontré Manuel trois mois plus tard, j’ai donc pris l’habitude d’abandonner mon félin quelques nuits par semaine pour un matou plus humain.
Quand j’ai déménagé définitivement avec mon futur mari, dans une maison avec jardin, j’ai emmené mon chat. Il avait deux maisons : chez nous, et chez papa pendant les vacances et certains week-ends.
C’était drôle, il avait deux personnalités totalement différentes selon la maison qu’il habitait. Chez nous vif, aventureux, grimpant aux arbres, miauleur et peu difficile sur les repas. Chez papa lymphatique, traîne moquette, exigeant et silencieux. Il avait ses habitudes et ses tics. Papa l’appelait Moumouche et lui grattait les oreilles. Il lui achetait du steak, comme aux tortues.
Je l’appelais Foster, lui caressait le menton, et lui donnais des croquettes de régime. Deux vies...
Après la naissance de Cécilia, je l’avais délaissé un peu. Après tout, ce n’était qu’un chat.
Mais quand papa est mort, il était seul avec lui. Depuis je le regarde différemment. C’est comme si son âme renfermait un peu celle de mon père.
Et pourquoi pas ?
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| Présentation |  Ce livre est un livre triste.
Ce sera sans doute et je l’espère le seul que j’écrirai.
Il est difficile de parler du bonheur. Demandez moi d’écrire trois pages sur ma fille, j’en serais à peine capable. Et pourtant, c’est la chair de ma chair, mon petit bout d’amour concentré, qui occupe beaucoup de mes pensées. Mais que dire ? Elle est jolie, gentille, douce, mignonne... On fait vite le tour. ça ressemble à une chanson de Zazie : "je n'écris rien sur toi, rassure toi...."
En revanche, quand il s’agit de peine, de tristesse ou de douleur, les mots me viennent naturellement et abondamment.
Ce livre n’a pas de but intellectuel. Cela me fait simplement du bien de l’écrire, de tout mettre à plat et de coucher sur le papier mes pensées les plus profondes et, en ce moment, les plus tristes. Je veux écrire tout ce que je pense, tout ce qui est lié à lui. C’est une tranche de vie. Mon esprit est alors libéré, à la manière d’une sauvegarde d’ordinateur. Ce qui est sur disquette n’encombre plus la mémoire vive. Je peux enfin penser un peu à autre chose qu’à sa mort, puisqu’elle est quelque part, ailleurs.
Si, en plus de cela, il peut faire du bien à quelqu’un qui se retrouvera dans mes idées, ou qui puisera une force ou encore se reconnaîtra dans mon expérience, tant mieux.
Sinon, il restera égocentrique et personnel.
Depuis seize ans, j’écris tous les jours les faits marquants de la journée dans un petit calepin, afin de pouvoir si nécessaire me souvenir de l’endroit où j’ai passé mes vacances telle ou telle année, quels films j’ai vus etc... C’est mon côté cartésien .
Le jour de la mort de mon père (en réalité quelques jours après...), je me suis retrouvée devant ces trois centimètres carrés de papier, sous un gros vingt-neuf avril noir, froid et impersonnel.
Non, ce n’était pas possible, je ne pouvais pas résumer ce qui était alors le plus grand drame de ma courte vie sur cet espace ! C’est alors que j’ai commencé à écrire. Il fallait que ça sorte, d’une manière ou d’une autre. Je le sentais au plus profond de moi. J’ai écrit vingt pages d’un seul coup, jusqu'à deux heures du matin.
Pendant un an, ce livre a été mon confident, ma soupape de sécurité et ma mémoire.
Certains passages peuvent peut-être choquer, j’en suis désolée.
C’est mon histoire et celle de mon père, Michel.
Septembre 2000 Envoyer un mail à l'auteur | |
| commentaire(s) | PROLOGUE Flo pour Elodie (29/05/2009 09:46)Merci pour ces mots ... PROLOGUE elodie (28/05/2009 10:53)Je suis tombée sur c... PROLOGUE Flo pour Anne onyme (23/09/2008 14:06)Ouh la mais je ne sa... |
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